🇬🇧This meeting should (and could) have been an email (short version) | 🇫🇷Cette réunion aurait dû (et aurait pu) être un e-mail (version courte).

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🇬🇧This meeting should (and could) have been an email (short version)

How to save money and accidentally make the green transition happen in the right way — and with no extra costs

We have been talking about the “green transition” for years now.

And if you look at the amount of money being mobilised, it would be difficult to argue that governments have simply ignored it.

The European Union’s 2021–2027 long-term budget and NextGenerationEU together amount to around €2 trillion. The EU originally committed to directing at least 30% of this envelope towards climate objectives; current Commission projections put the climate contribution at around €662 billion, or 34% of the total. (European Commission)

The Recovery and Resilience Facility alone has a climate target of 37%, and by 2025 Member States had committed more than €275 billion — over 42% of the total estimated RRF costs — to climate objectives. (European Commission)

So yes: there is European money.

But there is an important distinction.

There is not one enormous European pot of money that simply pays for the green transition everywhere.

EU funding is combined with national public budgets, national co-financing, loans, private investment and other financial instruments. The European Commission itself describes the EU budget as one part of a much larger investment effort. And the Recovery and Resilience Facility is temporary: it is due to end in 2026. (European Commission)

Meanwhile, the scale of what Europe still needs is enormous.

Recent ECB analysis estimates that Europe will need to mobilise an additional 2.7–3.7% of EU GDP every year until 2030 to achieve the green transition. Another ECB analysis estimates an average public green-funding gap of around €20 billion per year between 2025 and 2030, even after taking available EU funds into account. (European Central Bank)

And this is where things become interesting.

Because we have spent years telling a very simple story about the green transition:

Governments need to invest more. Far bad countries are making this impossible to happen.

But perhaps this is only part of the story.

For instance China’s clean-energy investment exceeded $625 billion in 2024, almost doubling since 2015. It also achieved its 2030 target for wind and solar capacity six years ahead of schedule. (IEA)

The IEA estimates that China continues to account for nearly 60% of global renewable-capacity growth, while solar PV has become the single largest area of global energy investment. Global solar investment alone was expected to reach around $450 billion in 2025. (IEA)

So the comfortable idea that the green transition is simply a matter of some countries being “serious” and others being “bad” is becoming increasingly difficult to defend.

The reality is much more complicated.

Countries are investing enormous amounts.

But…

But….Some are moving faster than others.

And above, all….Some have BETTER policies than others.

Some have developed impressive financial mechanisms but still perform poorly on other indicators.

And even Europe, despite its considerable investment, has many a country that fail on a daily basis in simple actions that would cost zero extra funds and would reduce enourmously amounts of public money – but also of private citizens.

This means that something else needs to change — and it needs to change now.

Because perhaps the green transition should not only be a question of:

How much more money can governments put into it?

Perhaps we should also ask:

How much waste can governments eliminate without spending more?

In my subscribers post you will find 10 crucial points of our societies that could be improved with 0 extra costs.

It is a reasoning that comes from evidence I have gathered while working and living in different countries and continents.

It is a story of digitalization, of naming things for what they are — crisis and prevention, for instance — and of bringing responsibility to the right side: the side of institutions and those that should educate and inform citizens.

Because sometimes the problem is not that we lack a green solution…or funds.

Sometimes the problem is that we are still organising our societies in ways that were wrong à century ago and continue to worsen whilst making the solution unnecessarily difficult, expensive and wasteful.

And perhaps this is where a different kind of green transition should begin.

There is much more coming in these subscription versions of my posts, and it is a much more sustainable way to read and “get inspired” by my writings (instead of taking here and there and fuel your debate not even quoting me!)

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🇫🇷Cette réunion aurait dû (et aurait pu) être un e-mail (version courte).

Comment économiser de l’argent et faire advenir accidentellement la transition verte de la bonne manière — et sans frais supplémentaires

On parle de la « transition verte » depuis des années maintenant.

Et si l’on regarde le montant des sommes mobilisées, il serait difficile de prétendre que les gouvernements l’ont simplement ignorée.

Le budget à long terme 2021–2027 de l’Union européenne et NextGenerationEU s’élèvent ensemble à environ 2 000 milliards d’euros. L’UE s’était initialement engagée à consacrer au moins 30 % de cette enveloppe à des objectifs climatiques ; les projections actuelles de la Commission situent la contribution climatique à environ 662 milliards d’euros, soit 34 % du total. (Commission européenne)

La Facilité pour la reprise et la résilience comporte à elle seule un objectif climatique de 37 %, et d’ici 2025, les États membres avaient engagé plus de 275 milliards d’euros — soit plus de 42 % des coûts totaux estimés de la FRR — pour des objectifs climatiques. (Commission européenne)

Alors oui : il y a de l’argent européen.

Mais il y a une distinction importante.

Il n’existe pas un énorme pot de vin financier européen unique qui paie simplement la transition verte partout.

Les financements de l’UE sont combinés avec les budgets publics nationaux, le cofinancement national, les prêts, les investissements privés et d’autres instruments financiers. La Commission européenne elle-même décrit le budget de l’UE comme une partie d’un effort d’investissement beaucoup plus vaste. Et la Facilité pour la reprise et la résilience est temporaire : elle doit prendre fin en 2026. (Commission européenne)

Pendant ce temps, l’ampleur de ce dont l’Europe a encore besoin est énorme.

Une analyse récente de la BCE estime que l’Europe devra mobiliser chaque année entre 2,7 % et 3,7 % de PIB européen supplémentaire jusqu’en 2030 pour réaliser la transition verte. Une autre analyse de la BCE estime un déficit moyen de financement vert public d’environ 20 milliards d’euros par an entre 2025 et 2030, même après avoir pris en compte les fonds européens disponibles. (Banque centrale européenne)

Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.

Parce que nous avons passé des années à raconter une histoire très simple sur la transition verte :

Les gouvernements doivent investir davantage. De grands méchants pays rendent la chose impossible à réaliser.

Mais c’est peut-être seulement une partie de l’histoire.

Par exemple, les investissements de la Chine dans les énergies propres ont dépassé 625 milliards de dollars en 2024, doublant presque depuis 2015. Elle a également atteint son objectif de capacité éolienne et solaire pour 2030 avec six ans d’avance sur le calendrier. (AIE)

L’AIE estime que la Chine continue d’assurer près de 60 % de la croissance mondiale de la capacité renouvelable, tandis que le solaire photovoltaïque est devenu le premier poste d’investissement énergétique mondial. L’investissement mondial dans le seul domaine solaire devait atteindre environ 450 milliards de dollars en 2025. (AIE)

Ainsi, l’idée confortable selon laquelle la transition verte est simplement une question de pays « sérieux » et d’autres qui seraient « méchants » devient de plus en plus difficile à défendre.

La réalité est beaucoup plus complexe.

Les pays investissent des montants gigantesques.

Mais…

Mais…. Certains avancent plus vite que d’autres.

Et surtout…. Certains ont de MEILLEURES politiques que d’autres.

Certains ont développé des mécanismes financiers impressionnants mais enregistrent encore de de mauvais résultats sur d’autres indicateurs.

Et même l’Europe, malgré ses investissements considérables, compte de nombreux pays qui échouent au quotidien dans des actions simples qui ne coûteraient aucun fonds supplémentaire et réduiraient énormément les montants d’argent public — mais aussi ceux des citoyens privés.

Cela signifie que quelque chose d’autre doit changer — et doit changer maintenant.

Parce que la transition verte ne devrait peut-être pas être seulement une question de :

Combien d’argent en plus les gouvernements peuvent-ils y injecter ?

Nous devrions peut-être aussi demander :

Combien de gaspillage les gouvernements peuvent-ils éliminer sans dépenser plus ?

Dans mon article réservé aux abonnés, vous trouverez 10 points cruciaux de nos sociétés qui pourraient être améliorés avec 0 coût supplémentaire.

C’est un raisonnement issu des preuves que j’ai rassemblées en travaillant et en vivant dans différents pays et continents.

C’est une histoire de digitalisation, de nommer les choses pour ce qu’elles sont — crise et prévention, par exemple — et d’apporter de la responsabilité du bon côté : le côté des institutions et de ceux qui devraient éduquer et informer les citoyens.

Parce que parfois, le problème n’est pas que nous manquions d’une solution verte… ou de fonds.

Parfois, le problème est que nous organisons encore nos sociétés de manières qui étaient fausses il y a un siècle et continuent de s’aggraver tout en rendant la solution inutilement difficile, coûteuse et gâchée.

Et c’est peut-être là qu’un autre type de transition verte devrait commencer.

Il y aura beaucoup d’autres choses à venir dans ces versions sous abonnement de mes articles, et c’est une façon bien plus durable de lire et de « s’inspirer » de mes écrits (au lieu de prendre ici et là et d’alimenter votre débat sans même me citer !)

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🇬🇧 Gardening: Memory, and the Quiet Art of Care | 🇫🇷 Le jardinage: la mémoire et l’art discret du soin

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En Français ici…..

Gardening: Memory, and the Quiet Art of Care

Gardening holds some of the most vivid and tender memories of my childhood. I remember long afternoons spent beside my mother, surrounded by her French roses—flowers so richly fragrant that even now, simply thinking of them brings me calm, tranquillity, and a quiet, grounding happiness.

There was something almost ritualistic in those moments: her gestures, her patience, the stories she would share while tending each plant. Without realising it then, I was learning far more than gardening…

At my parents’ house, I began curating a part of the garden during the Covid pandemic, with my own selection of flowers: dahlias, lilies, lavander and English roses—both ancient varieties and newer ones—whose fragrances merge in delicate, almost dreamy ways. Notes of tea, hints of bergamot, and unexpected floral nuances create something soft and enveloping. Whenever I am there, I feel not just relaxed, but deeply re-centred. Gardening is one of the rare moments in which I feel completely myself—aligned, focused, and quietly certain of what truly matters. It is not just rest; it is a rebalance.

Some of these roses carry a deeper history. After my grandmother passed away, my parents brought some of her French roses into this garden. Now, when it is time to prune, trim, or mulch, I feel as if she is there beside me, smiling. What she taught me, very early in life, has never left me: care makes the difference in all things.

You cannot expect a plant to blossom if you do not take care of it—if you do not water it, if you do not protect it from the harsh winds, from dry evil summers, or frosty winters. And if it does not bloom, then… one cannot complain about the weeds.

Probably because of her teachings when I later discovered Le Petit Prince, it resonated with me in a very special way—special, exactly as I first felt it. Perhaps because, thanks to my grandmother, I had already begun to understand what it truly means to love: to care, attentively and consistently, in a engaged way instead of a delegated one… as often we see nowadays… even for the smallest of life forms.

« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. »
“It is the time you have dedicated to your rose that makes your rose so important.”

This year, I managed a proper pruning. I removed an old branch that had completely dried off and was risking the health of the rest of the plant. And now, I see new buds forming—quietly, patiently—ready to bloom. Growth often asks for this: letting go of what no longer lives so that something else can.

Since I was a child, the garden has also been my place to be, create, recharge and re-focus. I would go to my grandmother’s garden to paint, write, and draw, while my grandfather sat nearby on a bench, absorbed in his quiet puzzles. Flowers and plants became a constant source of inspiration—not only for drawing, but for writing and reflection.

Later, while living and working in England and other countries, I continued this habit whenever I had access to a garden, a balcony, or even just a terrace. Even now, I notice how much more recharged and focused I feel when I work in a garden or a park. There is a clarity that comes differently than indoors. It feels as the same instinct that draws us to walk through the woods after disappointment, or to go and breathe in the sea, or sit by a lake—to recharge, and refocus on us and the world outside.

Perhaps this is why so many artists have turned to flowers. Claude Monet, whose work remains my absolute favourite, created entire worlds from his garden. And in Japan, the tradition of Ukiyo-e and the practice of Hanami capture fleeting floral beauty as something both aesthetic and deeply philosophical.

Flowers in Japanese Poetry: A Language of Ephemeral Beauty

In Japanese poetic traditions such as waka and haiku, flowers are never simply decorative—they are vessels of meaning.

Sakura (cherry blossoms) embody the fragile, fleeting nature of life. Their brief blooming becomes a meditation on impermanence. Lilies evoke purity and stillness, while irises, often linked with water and seasonal change, suggest resilience and quiet strength.

Poets such as Matsuo Bashō transformed these images into moments of reflection. A single falling petal, an iris bending near water—these are not just scenes, but invitations to pause. In this way, poetry mirrors gardening: attentive, patient, and aware of time passing.

Monet and the Infinite Garden

For Claude Monet, the garden was not simply a subject—it was a life’s work. At Giverny, he designed his garden as carefully as he composed his paintings, cultivating the now-iconic pond that would inspire the series of Water Lilies.

These paintings, which are my absolute favourite, go far beyond representation. Created during years marked by personal loss and the aftermath of war, they dissolve the boundaries between water, sky, and reflection. There is no fixed horizon—only immersion.

In them, one finds not just beauty, but a quiet form of healing. The garden becomes a space of continuity, where perception softens and time expands. Much like real gardens, it offers both refuge and return.

Gardening and the Mind: A Living Balance

What we feel intuitively is increasingly supported by psychological research. Gardening, spending time in green spaces, or even having plants indoors has measurable benefits for mental health.

Studies in environmental psychology show that interaction with nature can reduce stress, improve attention, and support emotional regulation. The Attention Restoration Theory, developed by Rachel Kaplan and Stephen Kaplan, suggests that natural environments restore our cognitive resources, especially after mental fatigue.

Similarly, Royal Horticultural Society research has shown that regular gardening can lower cortisol levels (a stress hormone) and improve overall well-being. A well-known study published in the Journal of Health Psychology (2011) found that gardening led to greater stress reduction compared to indoor reading.

Even passive exposure matters: research from NASA on indoor plants highlighted their role in improving air quality and creating healthier living environments, which indirectly supports mental clarity and comfort.

In a world that often feels accelerated and fragmented, these simple acts—watering a plant, writing outdoors, sitting among flowers—restore rhythm. They bring us back to something essential.

Because in the end, gardening is never just about plants.
It is about care, presence, and memory.
And about remembering that what we nurture—with patience and attention—will always find a way to bloom.

Le jardinage: la mémoire et l’art discret du soin

Le jardinage porte en lui certains des souvenirs les plus vifs et les plus tendres de mon enfance. Je me souviens de longues après-midis passées aux côtés de ma mère, entourée de ses roses françaises—des fleurs au parfum si riche que, encore aujourd’hui, le simple fait d’y penser m’apporte calme, tranquillité et un bonheur doux, profondément apaisant.
Il y avait quelque chose de presque rituel dans ces moments : ses gestes, sa patience, les histoires qu’elle racontait en prenant soin de chaque plante. Sans m’en rendre compte à l’époque, j’apprenais bien plus que le jardinage…

Chez mes parents, j’ai commencé à aménager une partie du jardin pendant la pandémie de Covid, avec ma propre sélection de fleurs : des dahlias, des lys, de la lavande et des roses anglaises—à la fois des variétés anciennes et d’autres plus récentes—dont les parfums se mêlent de façon délicate, presque onirique. Des notes de thé, des touches de bergamote et des nuances florales inattendues composent quelque chose de doux et enveloppant. Chaque fois que j’y suis, je ne me sens pas seulement détendue, mais profondément recentrée. Le jardinage est l’un des rares moments où je me sens pleinement moi-même—alignée, concentrée, et intérieurement certaine de ce qui compte vraiment. Ce n’est pas simplement du repos ; c’est un rééquilibrage.

Certaines de ces roses portent une histoire plus profonde. Après le décès de ma grand-mère, mes parents ont transplanté certaines de ses roses françaises dans ce jardin. Aujourd’hui, lorsqu’il est temps de tailler, d’élaguer ou de pailler, j’ai l’impression qu’elle est là, à mes côtés, souriante. Ce qu’elle m’a appris, très tôt dans la vie, ne m’a jamais quittée : le soin fait toute la différence en toute chose.

On ne peut pas attendre d’une plante qu’elle fleurisse si l’on ne s’en occupe pas—si on ne l’arrose pas, si on ne la protège pas des vents violents, des étés secs et cruels, ou des hivers glacials. Et si elle ne fleurit pas, alors… on ne peut pas se plaindre des mauvaises herbes.

C’est probablement grâce à ses enseignements que, lorsque j’ai découvert Le Petit Prince, cela a résonné en moi d’une manière très spéciale—spéciale, exactement comme je l’ai ressenti au premier instant. Peut-être parce que, grâce à ma grand-mère, j’avais déjà commencé à comprendre ce que signifie vraiment aimer : prendre soin, avec attention et constance, de manière engagée plutôt que déléguée… comme on le voit si souvent aujourd’hui… même pour les plus petites formes de vie.

« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. »
“It is the time you have dedicated to your rose that makes your rose so important.”

Cette année, j’ai réussi une taille en profondeur. J’ai retiré une vieille branche complètement desséchée qui risquait d’endommager le reste de la plante. Et maintenant, je vois apparaître de nouveaux bourgeons—calmement, patiemment—prêts à éclore. La croissance demande souvent cela : laisser partir ce qui ne vit plus pour permettre à autre chose d’exister.

Depuis l’enfance, le jardin est aussi un lieu pour être, créer, me ressourcer et me recentrer. J’allais dans le jardin de ma grand-mère pour peindre, écrire, dessiner, pendant que mon grand-père était assis non loin sur un banc, absorbé dans ses jeux d’esprit. Les fleurs et les plantes sont devenues une source constante d’inspiration—non seulement pour le dessin, mais aussi pour l’écriture et la réflexion.

Plus tard, en vivant et en travaillant en Angleterre puis dans d’autres pays, j’ai continué cette habitude chaque fois que j’avais accès à un jardin, un balcon ou même une simple terrasse. Encore aujourd’hui, je remarque combien je me sens plus rechargée et concentrée lorsque je travaille dans un jardin ou un parc. Une clarté différente de celle de l’intérieur apparaît. C’est comme ce même instinct qui nous pousse à marcher dans les bois après une déception, ou à aller respirer la mer, ou à s’asseoir au bord d’un lac—pour se recharger, et se recentrer sur nous-mêmes et sur le monde.

C’est peut-être pour cela que tant d’artistes se sont tournés vers les fleurs. Claude Monet, dont le travail reste mon préféré absolu, a créé des mondes entiers à partir de son jardin. Et au Japon, la tradition de Ukiyo-e et la pratique du Hanami capturent la beauté florale éphémère comme quelque chose à la fois esthétique et profondément philosophique.


Les fleurs dans la poésie japonaise : un langage de la beauté éphémère

Dans les traditions poétiques japonaises telles que le waka et le haïku, les fleurs ne sont jamais simplement décoratives—elles sont porteuses de sens.

Les sakura (fleurs de cerisier) incarnent la nature fragile et éphémère de la vie. Leur floraison brève devient une méditation sur l’impermanence. Les lys évoquent la pureté et le calme, tandis que les iris, souvent liés à l’eau et aux changements de saison, suggèrent la résilience et une force discrète.

Des poètes comme Matsuo Bashō ont transformé ces images en instants de réflexion. Un pétale qui tombe, un iris penché près de l’eau—ce ne sont pas seulement des scènes, mais des invitations à s’arrêter. De cette manière, la poésie reflète le jardinage : attentive, patiente et consciente du passage du temps.


Monet et le jardin infini

Pour Claude Monet, le jardin n’était pas simplement un sujet—c’était l’œuvre d’une vie. À Giverny, il a conçu son jardin avec le même soin que ses peintures, cultivant le bassin devenu emblématique qui inspirera la série des Water Lilies.

Ces peintures, qui sont mes préférées absolues, vont bien au-delà de la représentation. Créées durant des années marquées par des pertes personnelles et les conséquences de la guerre, elles dissolvent les frontières entre l’eau, le ciel et le reflet. Il n’y a plus d’horizon fixe—seulement une immersion.

On y trouve non seulement de la beauté, mais aussi une forme silencieuse de guérison. Le jardin devient un espace de continuité, où la perception s’adoucit et où le temps s’étire. Comme les jardins réels, il offre à la fois refuge et retour.


Le jardinage et l’esprit : un équilibre vivant

Ce que nous ressentons intuitivement est de plus en plus soutenu par la recherche en psychologie. Le jardinage, le fait de passer du temps dans des espaces verts, ou même d’avoir des plantes chez soi, a des effets mesurables sur la santé mentale.

Des études en psychologie environnementale montrent que l’interaction avec la nature peut réduire le stress, améliorer l’attention et soutenir la régulation émotionnelle. La théorie de la restauration de l’attention (Attention Restoration Theory), développée par Rachel Kaplan et Stephen Kaplan, suggère que les environnements naturels restaurent nos ressources cognitives, en particulier après une fatigue mentale.

De même, les recherches de la Royal Horticultural Society ont montré que le jardinage régulier peut réduire les niveaux de cortisol (une hormone du stress) et améliorer le bien-être général. Une étude publiée dans le Journal of Health Psychology (2011) a montré que le jardinage entraînait une réduction du stress plus importante que la lecture en intérieur.

Même une exposition passive compte : des recherches de la NASA sur les plantes d’intérieur ont mis en évidence leur rôle dans l’amélioration de la qualité de l’air et la création d’environnements de vie plus sains, soutenant indirectement la clarté mentale et le confort.

Dans un monde souvent accéléré et fragmenté, ces gestes simples—arroser une plante, écrire en extérieur, s’asseoir parmi les fleurs—restaurent un rythme. Ils nous ramènent à quelque chose d’essentiel.

Car au fond, le jardinage n’est jamais seulement une question de plantes.
Il est question de soin, de présence et de mémoire.
Et de se rappeler que ce que nous nourrissons—avec patience et attention—trouvera toujours une manière d’éclore.